Mauriciennement vôtre ...
| Quand diabe alle lamésse, li caciétte so laquée : Quand le diable va à la messe, il cache sa queue. | Proverbe créole cité par Charles Baissac, Étude sur le patois créole mauricien, 1880 (graphie initiale) |
L'OEUVRE
HISTOIRE D'UNE MUSIQUE METISSEE. CHUTNEY INDIEN ET SEGA BOLLYWOOD
Catherine Servan-Schreiber connaît bien l’île Maurice pour y avoir séjourné plusieurs fois en recherche et en amitié. L’indianiste de haut niveau qu’elle est a été frappée par la rencontre des cultures et les différentes formes de métissage musical que l’île a générées, notamment les formes musicales initialement africaines et indiennes. Cela a donné naissance à un style de musique "épicé, piquant, explosif " d’où le titre de son remarquable ouvrage: Histoire d’une musique métissée à l’île Maurice. Chutney indien et séga Bollywood. Disponible en librairie.
L'AUTEUR
Catherine SERVAN-SCHREIBER
Chercheur au CNRS, directrice d’une équipe de recherche sur Les industries culturelles indiennes, rattachée au Centre d'Études de l'Inde et de l'Asie du Sud, enseignante des littératures médiévales indiennes à l'INALCO, Catherine Servan-Schreiber a un palmarès brillant et une bibliographie aussi impressionnante avec plusieurs ouvrages pointus sur la tradition orale bhojpuri, l’islam au Bihar, l’imaginaire de l’Inde, la littérature coloniale, l’histoire du livre et de l’imprimerie en Inde, la diaspora indienne en France et l’anthropologie de l’Océan Indien. Époustouflant pour une vraie parisienne !
CE QUE ROBERT EN PENSE
La créativité mauricienne en matière de musique populaire dépasse ce que nos imaginations locales peuvent estimer ! Catherine Servan-Schreiber a fort heureusement étudié le phénomène avec minutie, décrypté sa logique et valorisé son apport à notre arc en ciel… Car il s’agit de ces réalités qui ne font pas la une systématique des journaux et qui se déclinent plutôt sur le terrain, à la campagne ou dans les banlieues, lors de soirées privées, mariages, fiançailles, etc…
De la musique indienne dévotionnelle aux dernières évolutions du séga Bollywood, l'effervescence du chutney mauricien apparaît à travers des groupes - Bhojpuri Boys, Bhojpuri Baja Baje Boys, Dhamaka Groups, Mix Chutnee Bands, ... – mais aussi des individus : chanteurs et chanteuses, musiciens, arrangeurs parmi lesquels Sona Noyan, Kishore Taucoory, Henriot Figaro, et bien d’autres. Catherine Servan-Schreiber révèle, de plus, de nombreux textes inédits de chansons villageoises en bhojpuri et en créole avec, cerise sur le gâteau, une discographie abondante nous emmenant dans une plongée en apnée au cœur d’un vécu mauricien essentiel.
Les Mauriciens ont définitivement bien des choses à découvrir de ce qui participe à la spécificité de leur environnement. Ce qui nous rappelle que, curieusement, aucun musée ethnographique n’existe chez nous et que donc bien des formes de vie traditionnelle peuvent disparaître sans qu’on ne s’en soucie. Heureusement que des guides bienveillants comme Catherine Servan-Schreiber veulent bien être nous prendre la main et partager le chutney.
Un livre à découvrir et à déguster. Vous en reprendrez bien un peu ?
MISE EN BOUCHE 1 2 3
Extrait de l’introduction, p. 17
Le sujet de ce livre explore à la fois la façon dont se transforme une musique en contexte de diaspora et celle dont peut évoluer une société à travers la découverte et l’adoption de nouvelles pratiques musicales. Comment et pourquoi la musique bhojpuri est-elle amenée à se « créoliser » en un style « chutney » représentatif de l’indianocéanité et de la modernité ? De quelle façon les processus de métissage et les logiques de construction identitaire interviennent-ils dans les créations artistiques, et, à l’inverse, comment les créations artistiques interviennent –elles dans ces processus et logiques ? La musique est à la fois marqueur et inscripteur des régions des îles, Madagascar, Maurice, Réunion. De quels enjeux ces formes musicales sont-elles porteuses dans le contexte d’évolution du local au global et de l’arrière-pays rural à la scène internationale ? Enfin et surtout, dans quelle mesure cette évolution, comparable à celle de Trinidad, de Guyane Britannique et du Surinam, peut-elle éclairer le débat anthropologique sur la nature du multiculturalisme à l’île Maurice ?
A Maurice où chaque partie-prenante de cette société plurielle a son background culturel et ses racines sur l’un des trois continents, l’Afrique, l’Europe ou l’Asie, l’altérité fait référence.
